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Si j'ose comparer le déclin de ma vie
A ton coucher sublime, ô Soleil ! je t'envie.
Ta gloire peut sombrer, le retour en est sûr :
Elle renaît immense avec l'immense azur.
De ton sanglant linceul tout le ciel se colore,
Et le regard funèbre où luit ton dernier feu,
Ce regard sombre et doux, dont tu couves encore
Le lys que ta ferveur a fait naguère éclore,
Est triste infiniment, mais n'est pas un adieu.
Rene-François Sully-Prudhomme,Epaves,Le coucher de soleil.
La passion apporte la souffrance ! — Qui apaisera
Le cœur navré qui a trop perdu ?
Où sont-elles les heures si rapidement envolées ?
Vainement tu avais choisi le beau !
Ton esprit est troublé, ton action confuse ;
Le monde sublime, comme il échappe aux sens !
Alors s’élève une musique aux ailes d’ange,
Où les sons par myriades s’entrelacent aux sons,
Pour pénétrer complétement la nature de l’homme,
Et l’inonder du sentiment de l’éternelle beauté ;
L’œil se mouille, il sent dans une extase suprème
La valeur divine des sons comme des larmes.
Et le cœur ainsi soulagé s’aperçoit
Qu’il vit encore et bat, et voudrait battre
Pour s’offrir, dans sa gratitude,
Lui-même en échange de la somptueuse aumône.
Car il goûtait alors — oh ! puisse-t-il éternellement durer —
Le double bonheur de la musique et de l’amour !
Goethe,Trilogie de la passion,Apaisement.
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ;
Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !
Oui, tant qu'il sera là qu'on cède ou qu'on persiste,
O France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit voulant rester debout.
J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme ;
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !
Victor Hugo,Les Châtiments VII,14-Ultima Verba_Extrait.
Devant la caserne
Quand le jour s'enfuit,
La vieille lanterne
Soudain s'allume et luit.
C'est dans ce coin-là que le soir
On s'attendait, remplis d'espoir
Tous deux, Lily Marlène. (bis)
Et dans la nuit sombre
Nos corps enlacés
Ne faisaient qu'une ombre
Lorsque je t'embrassais.
Nous échangions ingénûment
Joue contre joue bien des serments
Tous deux, Lily Marlène. (bis)
Le temps passe vite
Lorsque l'on est deux !
Hélas on se quitte
Voici le couvre-feu…
Te souviens-tu de nos regrets
Lorsqu'il fallait nous séparer ?
Dis-moi, Lily Marlène ? (bis)
La vieille lanterne
S'allume toujours
Devant la caserne
Lorsque finit le jour
Mais tout me paraît étranger
Aurais-je donc beaucoup changé ?
Dis-moi, Lily Marlène. (bis)
Cette tendre histoire
De nos chers vingt ans
Chante en ma mémoire
Malgré les jours, les ans.
Il me semble entendre ton pas
Et je te serre entre mes bras
Lily... Lily Marlène. (bis)
Outside the barracks by the corner light
I'll always stand and wait for you at night
We will create a world for two
I'll wait for you the whole night through
For you, Lili Marleen
For you, Lili Marleen
Bugler tonight, don't play the Call To Arms
I want another evening with her charms
Then we will say goodbye and part
I'll always keep you in my heart
With me, Lili Marleen
With me, Lili Marleen
Give me a rose to show how much you care
Tied to the stem, a lock of golden hair
Surely tomorrow you'll feel blue
But then will come a love that's new
For you, Lili Marleen
For you, Lili Marleen
When we are marching in the mud and cold
And when my pack seems more than I can hold
My love for you renews my might
I'm warm again, my pack is light
It's you, Lili Marleen
It's you, Lili Marleen
My love for you renews my might
I'm warm again, my pack is light
It's you, Lili Marleen
It's you, Lili Marleen.
Bei der Kaserne
Vor dem großen Tor
Stand eine Laterne
Und steht sie noch davor
So woll'n wir uns da wieder seh'n
Bei der Laterne wollen wir steh'n
Wie einst Lili Marleen. (bis)
Unsere beide Schatten
Sah'n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten
Das sah man gleich daraus
Und alle Leute soll'n es seh'n
Wenn wir bei der Laterne steh'n
Wie einst Lili Marleen. (bis)
Schon rief der Posten
Sie blasen Zapfenstreich
Das kann drei Tage kosten
Kam'rad, ich komm sogleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh'n
Mit dir Lili Marleen? (bis)
Deine Schritte kennt sie,
Deinen zieren Gang
Alle Abend brennt sie
Doch mich vergaß sie lang
Und sollte mir ein Leids gescheh'n
Wer wird bei der Laterne stehen
Mit dir Lili Marlene? (bis)
Aus dem stillen Raume,
Aus der Erde Grund
Hebt mich wie im Traume
Dein verliebter Mund
Wenn sich die späten Nebel dreh'n
Werd' ich bei der Laterne steh'n
Mit dir Lili Marlene? (bis)
Hans Leip,Lied eines jungen Wachpostens_Chanson d'une jeune sentinelle.
Ami, je demeure en ton coeur :
Pourquoi Me chercher ailleurs ?
Je ne suis ni dans le temple, ni dans la mosquée,
Ni dans la Ka'ba, ni à Kailash,
Je ne suis ni dans les rites ou les rituels,
Ni dans le yoga ou le renoncement.
Si tu savais Me chercher,
Tu Me trouverais en un instant !
Dit Kabir : écoute-moi, ô frère Sadhu,
Il est le Souffle des soufles !
Kabir.
N’as-tu pas un cheval blanc
Là-bas dans ton île?
Une herbe sauvage
Croît-elle pour lui?
Ah! comme ses crins flottants
Flottent dans les bras du vent
Quand il se réveille!
Il dort comme un oiseau blanc
Quelque part dans l’île.
J’ai beau marcher dans la rue
Comme tout le monde,
C’est l’herbe, l’herbe inconnue,
Et le cheval chevelu
Couleur de la lune,
Qui sont de chez moi, là-bas,
Dans une île ronde.
Caparaçonnés, au pas, au galop,
Je ne connais pas tes quatre chevaux.
Tu vas à Paris,
La chanson le dit,
Sur ton cheval gris.
Tu vas à La Haye
Sur la jument baie.
Tu vas au manoir
Sur le cheval noir.
Et je ne sais où
Sur le poulain roux.
Mais mon cheval blanc
Nuit et jour m’attend
Au seuil de mon île.
Sabine Sicaud,Le chemin des chevaux.
Au Cabaret-Vert
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
-Au Cabaret-Vert: je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j'allongeai les pattes sous la table
Verte, je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. -Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
-Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure!-
Rieuse m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, -et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
Arthur Rimbaud.
Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
Et le panache igné du volcan solitaire
Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.
Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère ;
Le sol est immobile et le sang de la Terre,
La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,
A l'orle de la gueule à jamais refroidie,
Éclatant à travers les rocs pulvérisés,
Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
Dans le poudroîment d'or du pollen qu'elle lance
S'épanouit la fleur des cactus embrasés.
José Maria de Heredia,Les trophées,Fleurs de feu.
Aux traces de son sang, un vieux hôte des bois,
Renard fin, subtil et matois,
Blessé par des Chasseurs, et tombé dans la fange,
Autrefois attira ce Parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Il accusait les Dieux, et trouvait fort étrange
Que le Sort à tel point le voulût affliger,
Et le fit aux Mouches manger.
Quoi ! se jeter sur moi, sur moi le plus habile
De tous les Hôtes des Forêts !
Depuis quand les Renards sont-ils un si bon mets ?
Et que me sert ma queue ? Est-ce un poids inutile ?
Va ! le Ciel te confonde, animal importun.
Que ne vis-tu sur le commun ?
Un Hérisson du voisinage,
Dans mes vers nouveau personnage,
Voulut le délivrer de l'importunité
Du Peuple plein d'avidité :
Je les vais de mes dards enfiler par centaines,
Voisin Renard, dit-il, et terminer tes peines.
- Garde-t'en bien, dit l'autre, ami, ne le fais pas ;
Laisse-les, je te prie, achever leurs repas.
Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle
Viendrait fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle.
Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici-bas :
Ceux-ci sont courtisans, ceux-là sont magistrats.
Aristote appliquait cet apologue aux hommes.
Les exemples en sont communs,
Surtout au pays où nous sommes.
Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.
Jean de La Fontaine,Le renard,les mouches et le hérisson.