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La création des animaux
Les animaux tombaient du ciel un à un sans se faire
de mal. La plupart étaient parachevés. Certains
devaient attendre encore un peu avant de posséder
tous leurs attributs.
« II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais
arrivé. Ça partira du front et traînera presque par
terre.
— C'est beaucoup pour un nez, dit le renard.
— C'est exactement ce qu'il me faut », riposta
l'éléphant.
À peine avait-il achevé sa phrase que la trompe vint
du fond du ciel, prendre la place qu'elle devait
désormais occuper chez tous les éléphants.
« Faut-il aboyer ? se demanda le chien qui avait déjà
toute sa voix. Non, je me tais, c'est dans l'ordre. »
Au cheval il ne manquait que les oreilles mais il n'en
savait rien, tout occupé qu'il était à vouloir se
débarrasser, au galop, de son ombre.
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De Jules Supervielle (1884-1960)
La création des animaux
Les animaux tombaient du ciel un à un sans se faire
de mal. La plupart étaient parachevés. Certains
devaient attendre encore un peu avant de posséder
tous leurs attributs.
« II paraît que j'aurai une trompe, dit l'éléphant, frais
arrivé. Ça partira du front et traînera presque par
terre.
— C'est beaucoup pour un nez, dit le renard.
— C'est exactement ce qu'il me faut », riposta
l'éléphant.
À peine avait-il achevé sa phrase que la trompe vint
du fond du ciel, prendre la place qu'elle devait
désormais occuper chez tous les éléphants.
« Faut-il aboyer ? se demanda le chien qui avait déjà
toute sa voix. Non, je me tais, c'est dans l'ordre. »
Au cheval il ne manquait que les oreilles mais il n'en
savait rien, tout occupé qu'il était à vouloir se
débarrasser, au galop, de son ombre.
Les oreilles le rattrapèrent en pleine course, elles ne sont pas encore revenues de leur étonnement et ne cessent de se tourner de tous côtés. (…)